[identity profile] shono-hime.livejournal.com posting in [community profile] dear_words_archive
Titre
: Mélodrame en quatre actes à peu près
Auteur
: [livejournal.com profile] shono_hime
Fandom
: Inception
Persos/Couple
: Cobb/Arthur, Eames/Arthur
Rating
: PG-13
Disclaimer
: Tout est à Nolan.
Prompt
: Dom/Arthur, Eames/Arthur. Arthur sait bien qu'il ne sera jamais un remplacement réel de sa femme morte pour Dom. Il essaye de se contenter des miettes qui reste, des nuits par ci par là,quand la solitude de Dom est trop forte...Et arrive Eames, l'opposé des gens qui lui plaisent d'habitude, et qui lui donne envie de l'étrangler et de le jeter sur un lit tout à la fois... Et Arthur balance entre les miettes qu'il a et le cocktail improbable du faussaire...
Notes
: Ecrit pour [livejournal.com profile] taraxacumoff dans le cadre de [livejournal.com profile] obscur_echange et enfin reposté ici XD


Dans l’Acte Un, Arthur est assis au bar, un verre de vin devant lui malgré l’heure tardive, lorsqu’Eames s’installe à ses côtés. Le faussaire a bien choisi son jour, ou plutôt sa nuit, pour arriver en avance. Pourtant, le rideau s’est levé quelques heures plus tôt, avant son arrivée. Arthur sent encore, sous sa chemise soigneusement reboutonnée, la brûlure des mains de Cobb sur ses poignets et sur ses hanches. Pas exactement le meilleur état d’esprit pour une joute verbale avec Eames, donc. Il se contente donc de hocher vaguement la tête. S’il reste suffisamment silencieux, peut-être que l’autre homme, moins patient que ce qu’il aimerait le faire croire, finira par le laisser tranquille. D’expérience, Arthur sait qu’il vaut mieux ne pas le repousser trop brutalement sous peine de le voir revenir à la charge. Mais d’expérience, c’est aussi la première fois qu’il a affaire à Eames alors qu’il vient de coucher avec Cobb. C’est une situation qui a le mérite d’être tout à fait exceptionnelle... et qui le restera, il se le promet pour la centième fois.

D’un doigt, Eames vient frapper le verre d’Arthur. Un tintement mélodieux accompagne un rire moqueur.

« Est-ce que ce n’est pas un peu tard, pour ça ? demande Eames, avec l’air amusé qu’il affectionne tant.

— Est-ce que vous essaieriez de vous faire passer pour ma mère, Monsieur Eames ? » réplique Arthur sur le même ton, l’accent britannique en moins.

Eames a un rire grimçant, ce qu’Arthur peut comprendre, car c’était son but.

« Tu es un pro des images mentales, mon cher Arthur. Mais je crois détecter derrière cette très subtile volonté de changer de sujet une envie folle de me parler de ta mère, sussure le faussaire, en plantant son coude sur le comptoir, et son menton dans sa main. Allez, dis-moi tout, je suis prêt à t’écouter.

— Laisse-moi tranquille, Eames. »

Arthur sent poindre cette irritation familière qui naît à proximité d’Eames, comme une démangeaison insistante, gênante, avec ce moment de contentement presque coupable lorsqu’on cède et que l’on se gratte. Il retient un sourire : il ne faut pas exagérer, Eames n’est pas réellement un parasite. Pour ce qu’il en sait, il n’y a rien à redire de son hygiène corporelle.

« On est dans un pays libre, lui rapelle-t-il, et Arthur pourrait lever les yeux au ciel face à la phrase bourrée de clichés. Enfin, ça dépend à qui tu poses la question, évidemment... »

Une seconde, Arthur est presque tenté de se laisser embarquer dans un débat stérile sur la géopolitique de l’Asie de l’Est. Presque. Puis Eames reprend la parole.

« Et puis qui m’a demandé de venir, déjà ? Hm ?

— Cobb. Cobb voulait que tu sois là, insiste-t-il avec l’impression gênante d’être revenu au jardin d’enfants.

— Et toi, alors ? Qu’est-ce que tu veux ? »

Il ne répond pas à cette question, plus chargée que le ton léger du faussaire ne pourrait le laisser penser. Il sait ce qu’il veut mais il refuse de l’admettre tout haut. Surtout pas à Eames. Surtout pas quand la chaleur de l’autre homme le brûle de si près, Eames et son ignorance des limites personnelles...

Il veut revenir en arrière. Il veut n’avoir jamais cédé, ne pas avoir répondu au baiser. Il veut ne pas avoir laissé Cobb le conduire jusqu’au lit à pas maladroits, en une danse disgracieuse qui prouve bien qu’ils ne devaient pas faire ça. Il veut ne pas avoir répondu aux baisers, ne pas avoir ignoré le goût du whisky sur les lèvres de son ami, mêlé à l’amertume des larmes, également ignorées. Il veut ne pas avoir été égoïste. Il veut avoir dit non. Ou alors, plus simplement, il veut que lorsqu’après s’être rhabillé, il s’est glissé dans la salle de bains, son dé n’ait pas roulé une seconde de trop, prouvant une fois, puis une autre et puis dix, que rien de tout ceci n’était qu’un rêve.

Le serveur pose un verre de bourbon devant Eames, et Arthur refuse d’un geste de tête qu’il remplisse de nouveau le sien. Il laisse l’ivresse à Cobb, lui-même fait déjà largement assez de bêtises à jeun.

« J’attends une réponse, tu sais.

— Insister est impoli, Eames.

— Ignorer une question l’est aussi. »

Arthur serre les dents. Il refuse de céder ou de fuir. La scène ne touche pas encore à sa fin.

« Est-ce que tu veux bien juste laisser tomber ? finit-il par soupirer. Garde ta curiosité pour la cible. »

Eames le dévisage en buvant son bourbon. Arthur résiste à l’envie de baisser la tête, de se lever pour disparaître et se soustraire au regard beaucoup trop clairvoyant du faussaire. Il l’a déjà vu à l’oeuvre, il sait ce qu’Eames arrive à lire dans un simple geste de recul.

« Le job a l’air plutôt simple, à première vue, dit enfin Eames, après une seconde de silence si longue qu’Arthur envisageait déjà de lui balancer son verre à la figure avant de partir en courant.

— Cobb pense que le père cache quelque chose, c’est pour ça que tu es là. »

Petit bruit pensif de la part d’Eames. Arthur ne se détend pas, une main posée à plat sur le comptoir. Il brûle d’envie de sortir son dé, troublé par la facilité avec laquelle il a obtenu d’Eames qu’il change d’avis.

Il a trop souvent besoin de son totem pour s’assurer de ne pas rêver, ces temps-ci. C’est à surveiller, surtout avec Cobb qui perd pied chaque jour un peu plus.

La conversation continue, anodine et prudente, sur la cible. Eames s’est rapproché sur son tabouret. Arthur finit son verre de vin en ignorant le frôlement de la manche du faussaire contre la sienne. Il a suffisamment profité de la faiblesse des autres pour justifier la sienne ce soir. Il se demande juste combien de temps tiendront ses bonnes résolutions.

****************


L’Acte Deux s’ouvre trois jours après. Trois jours au cours desquels Arthur se surprend à espérer et à croire que Cobb ne se souvient pas de leur nuit partagée. Il en vient presque à ne pas regarder de travers la bouteille de whisky qui ne quitte jamais la table de la chambre de Cobb. Il se raccroche à son professionnalisme pour ignorer les regards curieux d’Eames qui cherche visiblement à donner un sens à ce qu’Arthur n’a pas dit l’autre jour.

Changement de scène, le décor est celui d’une salle de réunion dans un centre d’affaires, les accessoires sont plus nombreux, plus innocents. Le moleskine d’Arthur se remplit peu à peu d’observations, de points à préciser, de choses à faire et d’autres remarques d’apparence peu utiles mais qui lui permettent généralement d’être prêt à tout. C’est pour ça qu’il est là, après tout. Un bon organisateur est toujours préparé pour faire face aux imprévus et aider son équipe à régler ces problèmes. Il ne peut pas se permettre de se laisser surprendre, même si le job ne consiste qu’à vérifier le contenu du testament d’un riche cuisinier de Singapour. Autant éviter de vérifier personnellement à quel point il manie bien le couteau. Même en rêve.

Et puis, garder le nez baissé dans son carnet lui permet d’essayer de ne pas s’intéresser à la tension latente. En vain. Arthur a une conscience douloureusement aiguë de Cobb, pas dans le sens où il le comprend et arrive à le lire mieux que quiconque, c’était en cela que Mal était si exceptionnelle, mais plutôt parce que même les yeux fermés, il a l’impression de savoir où est Cobb dans la pièce. Un peu comme une chaleur diffuse qui augmenterait à son approche. Quand à Eames, il est lui aussi difficile à ignorer pour Arthur. Un mélange de méfiance bien ancrée et de fascination qu’il espère bien dissimulée le pousse à garder en permanence le faussaire dans un coin de son regard.

Ils jouent tous leur rôle à merveille. Cobb, le héros troublé à la fois à l’origine du drame et inconscient du poids de ses actes, Eames l’élément perturbateur qui peut tantôt voler le devant de la scène ou se fondre dans le décor, et Arthur... Arthur qui se prend par moments pour le fidèle lieutenant impuissant à empêcher le drame et qui trahit par lâcheté ou pour la prise de guerre que se déchirent les deux autres. Sauf que Cobb ignore même l’enjeu du combat qu’il mène inconsciemment avec Eames, et que le britannique ne se bat pas pour les bonnes raisons. Arthur lui-même n’a pas envie qu’il y ait un vainqueur, et il ne sait pas si ce sont ses actions ou son silence qui précipiteront la suite de l’intrigue.

Il a sa réponse alors qu’il s’est levé, tandis qu’Eames et Cobb discutent des derniers détails avant l’opération proprement dite, pour se resservir un café. Il perd quelques secondes, son regard errant par la fenêtre, à ignorer les voix derrière lui, sa tasse à la main. Une présence soudaine, dans son dos, le ramène au présent et il se retourne alors qu’une main lui prend le coude.

La brûlure du café chaud sur sa main n’est rien comparé à celle des doigts de Cobb autour de son biceps. Son partenaire le regarde avec ce regard de noyé, et Arthur hésite entre le réconforter et lui jeter ce qu’il lui reste de café à la figure. Il se souvient de ce qu’il s’est passé, trois jours plus tôt, la dernière fois qu’il a fait face à ces yeux.

Il détourne le regard, évite adroitement celui de Eames, qui ne perd pas une miette du spectacle et libère calmement son bras.

« Excuse-moi, je ne t’avais pas vu. »

Eames se déplace sur sa chaise, mais il pourrait tout aussi bien hurler qu’il est un menteur. Cobb secoue la tête, avec un pas de côté pour suivre les mouvements de son organisateur. Est-ce vraiment une danse, quand l’un des deux danseurs n’entend pas la musique ?

« Non, Arthur. C’est de ma faute. Je suis désolé. »

Arthur s’immobilise. Cobb ne parle pas du café qui imprègne la manche de sa chemise. Nouvelle envie de vider sa tasse sur lui. Arthur revient vingt ans en arrière, quand on lui tapotait la tête en lui disant qu’il était un “petit garçon bien raisonnable”. Apparemment, même rentrer dans l’armée, puis se reconvertir dans l’obtention semi-légale d’informations pour des clients eux-non plus pas très légaux ne lui a pas enlevé cette propension à serrer les dents et à encaisser.

« Ce n’est pas grave. Je te ferai passer la note du blanchisseur. »

Ton léger et taquin, avec l’air d’ignorer tout des sous-entendus de son interlocuteur. Rien de plus facile dans leur milieu, où jouer un rôle est une nécessité. Il n’est peut-être pas un faussaire comme Eames, capable de se fondre dans son personnage, mais il est plutôt fier de lui.

« Bien sûr... Toi et tes chemises ! » répond Cobb avec un sourire et pendant une seconde, Arthur croit qu’ils vont en rester là. Puis le sourire retombe et ne restent que les yeux bleus assombris par le souci. « Cela n’arrivera plus, je te promets.

— On a fini, il me semble ? coupe-t-il brusquement. Il faut que je prévienne notre client que nous allons lancer l’opération.

— On est prêts, confirme Eames d’un ton tranquille. Pas que je n’apprécie pas votre charmante compagnie, mais Singapour est trop humide à mon goût. C’est mauvais pour ma garde-robe. »

Cobb s’est détourné, à court de répliques. Il murmure son assentiment mais il est déjà ailleurs. Trop loin pour qu’Arthur le retienne, même s’il en avait envie. Quand à Eames, à qui Arthur jette un coup d’oeil avant de s’éloigner pour téléphoner, il n’a pas bougé. Appuyé d’une hanche contre la table, il est l’image même de la décontraction. Mais ses yeux brûlent si fort qu’Arthur appuie son front contre la vitre, comme pour se rafraîchir.

****************


L’Interlude dure quelques mois.

Eames est reparti aussi vite qu’il est arrivé, emportant avec lui des remarques qu’Arthur aurait voulu entendre, juste pour ne pas être hanté par les non-dits.

Au début, Cobb est fidèle à sa promesse. Arthur a laissé à Singapour sa chemise tachée de café, et si la situation reste tendue, c’est uniquement parce qu’il voit bien que Cobb se débat sans réussir à faire son deuil. Plus d’une fois, au détour d’un couloir ou d’une rue, dans un rêve, Arthur croit apercevoir la silhouette familière de Mal. Au fond de lui, il trouve presque plus juste que ce soit lui qu’elle hante.

Et puis ils se retrouvent en Allemagne, leur cible s’appelle Markus Stein, et il ne trouve définitivement pas Monsieur Charles digne de confiance. Mourir dans un rêve n’est jamais agréable, et ils ont tous vécu des moments difficiles, mais Arthur n’avait jamais connu une telle violence furieuse, ni été témoin ou victime d’un tel massacre.

Le soir venu, il tire encore et encore son dé, pour essayer en vain d’oublier la sensation d’ongles déchirant sa peau. Le dé rebondit, tombe de la table et Arthur le rattrape sans le regarder. Ses yeux sont posés sur le minibar.

On frappe soudain à sa porte et il ouvre avec un sourire qui a un goût de grimace.

« J’allais justement te proposer un verre. » lance-t-il en guise de salut.

Il se retourne vers le minibar mais une main lui attrape le poignet. Un seul geste qui fait disparaître de belles résolutions. Mais il n’a pas le temps de vraiment regretter. Cobb a un goût salé.

Cette fois-ci, au moins, ils arrivent jusqu’au lit.

****************


L’Acte Trois s’ouvre dans une chambre. Leur dernière extraction s’est bien passée, du moins du point de vue purement professionnel. Le fait que leur client ne soit pas exactement du bon côté de la loi a cessé de déranger Cobb, mais Arthur n’est pas sûr de devoir s’en réjouir. Il préfère se concentrer sur des choses plus positives, comme le fait qu’Eames leur a sauvé la mise au moment critique et qu’il a gardé pour lui au maximum ses remarques personnelles. Même si ce point en particulier a aussi tendance à le faire se méfier.

Tout est calme tandis qu’Arthur fait ses bagages. Leur avion part au matin, mais il veut être prêt à partir dès le réveil. La chambre est rangée, la valise encore ouverte sur la table basse n’attend plus que ce qu’il y mettra après une dernière nuit.

Tout s’est même tellement bien déroulé ces quelques derniers jours, à dire vrai, qu’il craint un dernier retournement de situation. Cobb a disparu un moment dans le rêve, et à leur réveil, il avait un air de mort-vivant qui ne présageait rien de bon. Eames n’a étonnamment pas fait le moindre commentaire. Et c’est un mélange nauséeux de culpabilité et d’attente qui le fait souhaiter que quelque chose se passe, tout en priant pour le contraire.

Deux coups à la porte, comme en réponse à ses pensées. Sans attendre de réponse, Eames rentre sur scène. Arthur se tend instinctivement, puis se détourne face à un sourcil levé.

« Mon avion part dans quatre heures.

— Tu retournes à Mombasa ?

— On a terminé ici, non ? »

Arthur hoche la tête et pose sa veste sur le dossier d’une chaise. Il ne perd pas de temps en politesses, ils savent tous les deux qu’Eames n’est pas là pour le tenir informé de son emploi du temps.

« Tu avais besoin de quelque chose ? »

Eames ne répond pas tout de suite. Il fait quelques pas dans la pièce, comme s’il prenait la mesure des lieux, les mains dans les poches.

« Il y a vraiment quelque chose que je ne comprends pas... J’espérais vraiment que tu pourrais m’éclairer.

— Est-ce qu’il y a une question quelque part dans tes propos ?

— Tu as couché avec Cobb. »

Il n’y a pas le moindre note interrogative dans sa phrase et Arthur ne s’embarrasse pas d’une réponse à une question inexistante.

« Je ne vois pas en quoi ça te regarde.

— Appelle ça de la perplexité. »

Eames a un sourire vaguement condescendant. Il avance de quelques pas vers Arthur, que ce sourire convainc de ne pas reculer.

« Moi qui pensais que tu n’étais pas le type de personne à mélanger travail et plaisir. Est-ce que tu me caches une autre surprise, Arthur ? murmure-t-il à son oreille, chaque mot comme la chaleur d’une bougie dans sa nuque.

— “Une” autre, seulement ? Tu n’as pas une très haute opinion de moi, Eames. »

Un petit rire chaud et Arthur fait un pas en arrière. Une main jaillit pour le retenir mais il la repousse avec fermeté. Eames insiste et ils esquissent quelques pas d’une danse ridicule. Puis Eames soupire.

« Arthur, Arthur, Arthur... »

Et, avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, Eames le saisit par la nuque et l’embrasse. Le sang d’Arthur se glace dans ses veines, de ce froid si mordant qu’il en devient brûlant. Il serre le poing, le lève lentement tandis qu’il s’accroche au col du faussaire de l’autre main. Pour le retenir et mieux le frapper, bien sûr. Pas du tout pour répondre au baiser.

Eames a un grognement amusé en encaissant le coup de poing. Il recule d’un pas en se tenant la tempe et Arthur se surprend à être vexé qu’il n’ait même pas cherché à esquiver. Mais la grimace qu’il détecte dans le sourire d’Eames le réconforte un peu.

« C’était quoi, ça, Eames ? siffle-t-il en se retenant d’essuyer ses lèvres brûlantes.

— Et bien tu vois, mon petit, quand une personne apprécie une autre personne...

— Arrête de jouer avec moi !! »

L’explosion d’Arthur les surprend tous les deux. Les dents et les poings serrés, Arthur se détourne avec violence et recule jusqu’au canapé, luttant à l’envie d’y mettre un coup de pied. Il ne sait pas ce qui l’énerve le plus : le baiser de cet idiot qui croit qu’il lui suffit de mettre la langue pour qu’il lui tombe dans les bras en se pâmant, le mensonge en demi-teinte derrière sa réponse insultante de facilité, le fantôme de Cobb et les questions qu’il apporte sur la réelle motivation d’Eames... ou bien son envie réprimée de répondre au baiser ?

Eames a arrêté son cirque et rangé son sourire. Ses yeux ne quittent pas Arthur et pour une fois, il n’a pas l’air si détendu.

« Pourquoi ? demande Arthur après une inspiration qui ne l’a pas beaucoup calmé. Et ne me sors pas de bobards, cette fois.

— Toi et Cobb...

— Quoi ? le coupe-t-il. Je couche avec Cobb donc c’est chasse ouverte, c’est ça ? »

Le faussaire lève les yeux au ciel et le rejoint devant le canapé. Il le prend par les coudes et le secoue gentiment. Arthur est tendu comme la corde d’un arc sous ses doigts.

« Tu comprends tout de travers... Ne me dis pas que tu couches avec Cobb pour le simple plaisir de l’acte. Je vous connais un peu, tous les deux. Il est trop au fond du gouffre pour se rendre compte de ce qu’il te fait, et tu est trop lucide pour ne pas réaliser que ce n’est pas vraiment avec toi qu’il couche. Son cadavre à lui, il n’est pas dans un placard, il est dans le lit avec vous... ou peu importe l’endroit où vous faites des galipettes, d’ailleurs.

— …. lâche-moi, Eames. »

Il obéit, après une dernière pression des mains. L’allusion à Mal a refroidi Arthur aussi sûrement qu’une gifle. Il n’a vraiment pas besoin qu’on lui rappelle ce qu’il trahit à chaque fois qu’il laisse Cobb l’embrasser... ou qu’il relance les baisers, parce qu’il n’est pas une victime consentante, il le sait bien. Il désirait Cobb avant de rencontrer Mal. Elle le savait, mais cela ne rend pas la trahison moins lancinante.

« Tu mérites mieux, déclare soudain Eames, le surprenant au point qu’il ne peut retenir un petit rire.

— C’est très gentil de ta part, mais pour ça, il faudrait que je veuille mieux. »

Inutile de chercher à cacher au faussaire ce qu’il a sans doute déjà bien compris.

« Je ne parle pas d’un mariage et d’une maison avec barrière, Arthur. Mais tu portes beaucoup sur tes épaules, tu as aussi le droit de passer un peu de bon temps sans avoir à baiser avec un fantôme par dessus ton épaule...

— Et c’est là que tu entres en scène ? C’est étonnamment généreux de ta part, Eames. Pourquoi ? »

Le faussaire sourit de toutes ses dents, de ce sourire un peu tordu qu’il arrive à rendre attirant. En réponse, Arthur fronce les sourcils. Il n’est pas très sûr de savoir que faire de son apparente gentillesse.

« Ce n’est pas de la charité, précise Eames comme s’il lisait dans ses pensées. Disons que tu n’es pas le seul à vouloir passer du bon temps. »

C’est une réponse creuse, dont les échos sont des non-dits qu’Arthur n’arrive pas vraiment à déchiffrer.

« Cobb se sert de toi pour essayer d’oublier sa femme et se torturer.

— Tu crois que tu m’apprends quelque chose ? » réplique Arthur avec amertume.

L’offre est tentante, il ne peut pas le nier, car l’absence de conséquences apparentes l’attire. Mais en même temps, c’est une très mauvaise idée, et pas juste parce qu’il utiliserait Eames aussi sûrement que Cobb l’utilise dans ces moments là. Il ne veut pas compliquer une relation qui n’est déjà plus vraiment professionnelle, ni risquer de briser leur collaboration avec le faussaire.

Eames a un claquement de langue moqueur, le tirant de ses pensées.

« Tu réfléchis trop, Arthur. Tu n’arrêtes jamais de réfléchir. Tu n’es pas fatigué ? »

Malgré le ton taquin du faussaire, Arthur baisse les yeux. Il est fatigué. Fatigué de lutter contre les autorités, contre Cobb et le fantôme de Mal, contre lui-même...

« Je te promets que je garderai ça pour moi, » souffle Eames à son oreille, comme s’il avait entendu dans son silence une acceptation qu’il n’arrivera pas à énoncer tout haut.

Avec une tendresse surpenante, Eames glisse ses mains dans la nuque d’Arthur, pour lui tenir la tête et la basculer légèrement en arrière. Il se laisse faire comme s’il était loin, mais au moment où leurs lèvres se touchent, il se réveille avec un sursaut et empoigne la veste du faussaire.

Longuement, presque consciencieusement, Eames s’applique à tenir sa promesse de ne lui faire penser à rien d’autre. Il emplit l’espace autour d’eux, jusqu’au moindre pore de la peau d’Arthur de son odeur, de ses caresses.

Lui aussi, cette nuit-là, laisse sur le corps de son amant des marques qui s’estomperont lentement.

****************


La conclusion est simple, et très prévisible. Le lendemain matin, Eames est parti. Il ne s’est pas enfui pour autant. Arthur était réveillé et l’a regardé se préparer dans la demi-obscurité de la chambre.

Il n’y a eu aucune promesse. Aucun mot, à dire vrai. Au sortir du lit, après s’être longuement étiré, le faussaire s’est rhabillé en lui tournant le dos, mais lui a jeté un sourire une fois vêtu. Un sourire étrange, un peu trouble, un peu tremblant. Un sourire d’une seconde, remplacé par l’assurance nonchalante qui le caractérise mieux.

Blotti dans les draps, Arthur s’est rassis quand Eames a posé la main sur la porte. Un dernier coup d’oeil en arrière, puis le faussaire lui a fait muettement signe de l’appeler, le faisant lever les yeux au ciel. Avec un rire muet, il a fait sa sortie.

Arthur ne rappellera pas Eames. Eames n’attendra pas un appel. Ils se tiendront mutuellement au courant de ce que fabrique l’autre par des connaissances communes, un océan et un continent leur paraissant une distance suffisante pour effacer le souvenir de leur nuit partagée.

Et puis six mois plus tard, quand Cobb, plus alerte que jamais à l’idée de pouvoir peut-être rentrer bientôt chez lui, parlera d’aller chercher Eames, Arthur saura où il est.

Ensemble, et surtout avec l’aide d’Ariadne, ils libèreront Cobb du fantôme de Mal.

La suite, ils ne la connaissent pas, mais ce n’est pas plus mal.

Connaître déjà la fin d’une histoire, ça n’a rien de très passionnant.

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